Tuesday, 25 February 2014

Comment repolitiser l’UE, selon Jürgen Habermas

Jürgen Habermas revient à l'attaque sur le thème qui lui est le plus cher : la cession de souveraineté par les Etats aux organisations supranationales, comme l'Union européenne et la nécessité d'un contrôle démocratique sur ces instances.

Dans une tribune publiée par Le Monde daté du 25 février (et que nous aurions rêvé de reprendre sur Presseurop), le philosophe allemand estime que les Etats-nations sont de moins en moins en mesure de satisfaire les exigences de régulation qui naissent de l'"intégration systémique" de plus en plus grande entre eux. Selon Habermas,
la marge de manœuvre manquant désormais à l’Etat-nation ne peut en vérité être récupérée qu’à l’échelon supranational. […] Parce que seule cette voie, que nous avons empruntée avec l’Union européenne, peut conduire à une trans-nationalisation de la démocratie, l’entreprise de l’Union européenne se justifie déjà pour des raisons d’auto-affirmation démocratique, contre les contraintes normativement inchangeables d’une société mondiale mise en réseaux sur le mode systémique.
Le modèle de société européen déploré par tant de monde repose sur le rapport interne de l’Etat social et de la démocratie. Si la progression permanente, depuis deux décennies, de l’inégalité sociale (une tendance empiriquement prouvée pour les pays industriels), ne se laisse pas inverser, ce rapport se déchirera.
Cette dérive vers une scission de la société se combine d’ailleurs à une tendance alarmante, à une paralysie politique croissante, ainsi qu’à un désintérêt prononcé des électeurs appartenant la plupart du temps aux couches les moins favorisées, c’est-à-dire à l’effritement de la représentation égale de l’électorat et du spectre entier de ses intérêts.
Pour contrer ce phénomène, le philosophe suggère que les Etats membres procèdent à "un renoncement à la souveraineté et une intégration approfondie", qui se baseraient sur quatre étapes :
accepter une Europe à deux vitesses ; renoncer à l’inter-gouvernementalisme ; aspirer à un système de partis européen ; et prendre congé de l’actuel modus operandi de la politique européenne, qui est le pur produit d’une élite.
Puis, il détaille ces étapes :
Les institutions actuelles de l’Union européenne devraient être différenciées de sorte que se constitue une Euro-union se montrant ouverte à de nouvelles adhésions d’autres Etats de l’Union européenne (et avant tout de la Pologne). […]
La méthode intergouvernementale, et sa préséance encore renforcée par la crise, devraient être définitivement mises au rebut au profit de la méthode communautaire. […] La formation d’une volonté politique dans un Parlement européen composé de groupes parlementaires rend possible un contre-balancement des intérêts nationaux par une généralisation des intérêts au-delà des frontières nationales.
Lors des élections européennes,
des candidats communs peuvent, par-delà les frontières nationales, rendre visibles différents programmes – et de cette façon différentes possibilités de votes véritablement alternatifs. Sans une telle politisation, les élections du Parlement européen ne peuvent absolument pas mériter le nom de scrutin démocratique – et une telle politisation n’a pas encore effectivement eu lieu. Un système de partis européens devrait pouvoir aussi se développer à partir de ces commencements-là.
Dernier point,
les élites politiques doivent cesser de couper leur politique européenne des électorats locaux, et cesser tout autant ce mélange populiste concocté à la maison, dont les ingrédients de base sont un dénigrement systématique de Bruxelles et une rhétorique du dimanche faite de propos aimablement favorables à l’Europe n’engageant strictement à rien.

Retrouvez ici les articles de Jürgen Habermas publiés sur Presseurop.


2 comments:

  1. Que el centro de decisión esté cerca o lejos, en tu país o fuera, hoy en día no es un problema importante, lo realmente importante es que sea el ciudadano el que tenga control sobre su gobierno, con esta restricción como techo la Soberanía está asegurada en la democracia, La tendencia es a gobiernos abiertos, no importa donde sea la sede, pero controlados por el pueblo de forma directa.

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  2. Mon cher Habermas, ce raisonnement manque de logique. Si le contrôle de la mondialisation requiert une équivalente institution supra-nationale, alors l'Europe non plus n'est pas suffisante. Et en effet c'est vrai, ma ça est la démonstration la plus éclatante que les états nationaux n'ont rient a qui voire avec ce problème, quii requiert une coordination politique entre pouvoirs démocratiquement responsables. L'alternative serait un gouvernement mondiale, voir un Empire, ce qui est inutile, parce-que c'est exactement ce que nous avons: l'Empire de la finance, autrement dit des capitaux. Et est ça exactement ce qu'il faut abattre.
    On a du mal à comprendre comme cette regain de contrôle démocratique se puisse faire sans regain de pouvoir des états nationaux, car la démocratie a besoin de citoyenneté, laquelle a besoin de limites géographiques et sociales, sans lesquels elle se désintègre. La démocratie est incompatible avec la tour de Babèle.
    L'Ue n'est pas une entité supra-nationale, est une institution inter-gouvernementale. Mais sans contrôlé de la part des parlements, et tout passe dans des institution où les minorités ne sont pas représentées.
    Le parlement européen n'est pas une institution démocratique, car lui manque le suffrage universel, pourvu qu'il faut 35.000 votes pour faire un député chypriote, tandis qu'il ne faut presque un million pour en faire un Allemand, Français, Italian ... Le PA représente les pays, pas des citoyens. Citoyens de l'union qui n'existent pas, car n'existent pas les rapports qui constituent une citoyenneté, ni pourraient s'instituer (qui instituerait ça?) dans un zone avec plus de trente langues avec des différence abyssales en dimension, histoire, économie, civilité et civilisation.
    Et aujourd'hui le PA n'a aucun pouvoir, car lui manque l'initiative législative, qui est monopole de la Commission, composée par de gents choisis par le chefs des gouvernements. A lequel pro voter?
    Cessez de songer, messieurs, avec vos songes vous nous avez amené dans la boue d'aujourd'hui. C'est la conception même de la politique comme pur lieux de symboles et de concepts (songes) qui est en cause, réveillons-nous, retournons à la praxis.

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